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« Une pierre venue du désert… »

Romdhani pour web   Mafhoudh ROMDHANI, ancien député bruxellois et premier candidat d’origine maghrébine sur une liste du PS à Bruxelles, est décédé ce vendredi 14 juin à Céret, dans les Pyrénées orientales.. Interrogé quant à sa biographie, il répondait volontiers : ʺ Qui suis-je ? Mafhoudh Romdhani, une pierre venue du désert, dont l’une des faces plonge ses racines dans la terre et l’autre scrute les tonnerres du ciel.ʺ Plus prosaïquement, Mafhoudh Romdhani, réfugié politique tunisien (n.b. militant communiste, il avait été condamné à 5 ans de prison pour avoir présidé un meeting d’opposition au président Bourguiba) ayant choisi la Belgique pour terre d’asile en 1969 et opté pour la nationalité belge en 1986, était ingénieur en sciences nucléaires de formation.

Cover web Ta gueule mon amour, Romdhani   En 2009, il avait choisi les éditions Memogrames pour éditer, en partenariat avec les Femmes Prévoyantes Socialistes, un essai sociologique, Ta Gueule, mon Amour, où il analysait le phénomène de la violence, relayait divers témoignages significatifs, dressait l’inventaire des moyens de lutte déployés depuis plusieurs décennies, tant sur le plan associatif qu’au niveau de la police et de la justice. Il concluait sur la nécessité d’une action éducative auprès des jeunes générations si l’on voulait enrayer le phénomène de la violence conjugale (et de la violence en général).

   J’ai alors accompagné Mafhoudh Romdhani un peu partout en Belgique francophone, dans des réunions locales programmées par les FPS, pour y présenter le livre. Ces périples furent d’intense moments de partage avec cet intellectuel brillant, militant de gauche véritable et laïc convaincu.

   Ce n’est donc pas seulement l’un de nos auteurs qui s’en va, mais aussi un compagnon de lutte, un camarade et un ami. Nos plus sincères condoléances à son épouse Nathalie et à ses enfants.

Luc Verton, directeur des éditions Memogrames

C’est l’Doudou… c’est Saint Georges !

   Du mercredi 12 au dimanche 23 juin, ce seront les festivités du doudou à Mons. Et il faut s’attendre à ce que, une fois de plus, Saint-Georges terrasse le dragon… Mais savez-vous qui est Saint Georges ? Connaissez-vous les pays où il est vénéré, les confréries qu’il protège, les sévices qu’il a subis, les services qu’il a rendus ?

Memogrames - saint Georges et le Dragon - cover -isbn 978-2-930698-00-7   Le Montois d’adoption Charles Henneghien, photographe-reporter et conférencier, s’est intéressé à ce personnage emblématique qu’est Saint Georges et a publié voici quelques années un magnifique livre abondamment illustré, Saint Georges et le Dragon, Enquête, sur le Succès d’un Mythe. Un livre toujours disponible chez tout bon libraire montois et dans certains grandes surfaces et qui peut constituer un excellent cadeau à l’occasion du Doudou 2019 !

Existe aussi un produit dérivé de ce livre, soit un puzzle double face de 54 pièces avec deux scènes du combat : les derniers exemplaires de ce puzzle ont été livrés à Cora, Colruyt et plusieurs libraires de Mons. En 2020, ce puzzle risque d’être introuvable et dès lors objet collector ! C’est maintenant qu’il faut l’acquérir…

Max'iM Memogrames jeunesse - puzzle saint Georges et le Dragon

Charles HENNEGHIEN, Saint Georges et le Dragon, enquête sur le succès d’un mythe – Monographie – Format 22 x 22 cm – 180 pages – broché – 24 € – ISBN 978-2-930698-00-7 – collection Ulysse.

Puzzle Saint Georges, 54 pièces double face – 12 € – ISBN 978-2-930698-05-2

MESSIDOR AN II : la presse en parle…

Revue de presse du 5 juin 2019 - article dans la Libre Belgique  Dans son édition du mercredi 5 juin, le quotidien La Libre Belgique (supplément Arts Libres – page 28) publie un article de la plume de Christian Laporte à propos du roman d’Alain Guillaume, Messidor An II, paru début mai.
guillaume 03Sous le titre « Mirages radicaux de la foi et passions humaines« , le journaliste de la Libre évoque la carrière de son ancien confrère quand Alain Guillaume travaillait au quotidien bruxellois Le Soir et il commente : « La plume alerte de ce journaliste d’investigation se devait de se frotter à l’exercice du roman, plus sociétal que social. C’est chose faite avec Messidor An II (…)  » 

   En conclusion, Christian Laporte écrit : « Cela donne un passionnant roman historique d’où émergent des plongées dans le vécu des occupés et des occupants lors des débuts de l’Empire et puis dans l’époque contemporaine. Entre les stevenistes ou proches des stevenistes et leurs descendants lointains, le lien s’imposa… Et voilà un thiller historique original qui oscille entre détails et précisions soigneusement étayées sur le plan historique et rebondissements en tous genres qui ne dissimulent rien des passions humaines parfois torrides au propre et au figuré… « 

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40-45…Quelques livres…

   Le 6 juin 1944, alias D-Day – est assurément une étape cruciale dans le processus de libération de l’Europe du joug nazi et la victoire des Alliés le 8 mai 1945. Mais il y a un avant… Depuis le début de la guerre et l’invasion de nos pays, parallèlement aux opérations militaires, la résistance s’est organisée de l’intérieur face à l’envahisseur allemand.

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   Au catalogue des éditions Memogrames, figurent deux ouvrages qui évoquent cette résistance, d’une part Comète, le réseau derrière la Ligne, une impressionnante monographie du plus important réseau d’évasion des pilotes alliés, rédigée par Philippe Le Blanc, officier dans l’armée belge qui a eu accès à toutes les archives disponibles à ce propos, et  d’autre part, un bref roman de Jean Lemaître, Le Jour où tout bascula, sur les traces des enseignants et des étudiants de l’Ecole Decroly, à Uccle, qui sont eux aussi entrés en résistance.

   Également au catalogue, d’une part Tormades, le roman inédit, écrit en 1940, en pleine débâcle face à l’envahisseur nazi, par un jeune sous-officier de l’Ecole royale militaire ayant rejoint l’Angleterre, Fernand Biver, au talent littéraire naissant et prometteur… Un auteur méconnu, mort accidentellement au Canada en 1942, à 21 ans, alors qu’il peaufinait sa formation d’officier pilote de la R.A.F. avant de venir en découdre avec les Allemands quelques semaines plus tard… Un premier (et unique) roman très autobiographique dont le héros, a contrario de l’auteur, participe aux combats aériens de la Bataille d’Angleterre, et d’autre part, Reich Victorieux (S’ils avaient gagné…), fiction historique due à la plume de Marc Stroobants, un instituteur retraité féru d’histoire et à l’imagination fertile, qui imagine une Europe dominée par une Allemagne nazie, victorieuse dès 1944 après le recours à la bombe atomique sur Douvres et Leningrad… Et de nous projeter en 1946, quand l’Allemagne juge à Nuremberg, lors d’un procès-spectacle, un général britannique kidnappé par un commando, pour les bombardements anglo-saxons de populations civiles allemandes. La presse internationale est conviée et Ricardo Ortiz, un journaliste argentin, péroniste admirateur du Reich allemand victorieux, assiste au procès. Progressivement, ses illusions sur le régime nazi s’estompent…

Philippe LE BLANC, Comète, le réseau derrière la ligne, monographie de 464 pages au format 22 X 22 cm, ISBN 978-2-930698-10-6 – 49 € / Jean LEMAÎTRE, Le Jour où tout bascula, roman de 226 pages au format B6 – ISBN 978-2-930698-42-7 – 16,00 € / Fernand BIVER, Tornades, roman de 272 pages au format B5 – ISBN 978-2-930698-41-0 25,00 € / Marc STROOBANTS, Reich victorieux, roman de 240 pages au format B5 – ISBN 978-2-930698-09-0 – 23,00 €

Des romans pour l’été…

   Début mai, les éditions Memogrames ont publié 3 nouveaux romans. Mais le choix est bien plus vaste dans notre catalogue. Voici donc quelques suggestions de livres à emporter en vacances ! Tout d’abord, dans notre format de poche B6, pensez à Riccardo ou le copiste français, d’Agnès Sautois, qui vous invite dans l’Italie du 18e siècle au rythme de la musique baroque, au récit de Stéphanie Ter Meeren, Le Souffle du Temps, dans les secrets d’une famille belge d’origine allemande, au roman de Jean Lemaître, Le Jour où tout bascula, à la découverte de l’Ecole Decroly sous l’occupation allemande ou encore au récit de Francis Grimbert, Les Dames de Pervyse, racontant l’épopée de 3 infirmières britanniques sur le front de l’Yser en 1914-1918.

   Par ailleurs, ne partez pas au Portugal sans le roman de Jean Lemaître, Signé Zarco, dont le héros Max, professeur d’histoire à la retraite, mène l’enquête dans l’Alentejo et particulièrement dans une bourgade nommée Cuba, afin de confirmer la rumeur selon laquelle Christophe Colomb serait portugais… Ne partez pas, non plus, dans le Sud de la France, aux pays des châteaux cathares, sans le roman de Jules Boulard, La Foi et la Cendre, qui raconte la croisade contre les Albigeois. Enfin, que vous partiez en Corse ou non, que vous envisagiez de suivre la route Napoléon ou de visiter Fontainebleau … ou pas, ne négligez pas Messidor An II, le roman d’Alain Guillaume dont l’action se déroule dans le Pajjoteland du temps où la Belgique était française et que Napoléon imposait le Concordat au Pape. Et si vous optez pour un voyage culturel incluant la visite de sites archéologiques de l’Antiquité, faites confiance à Christian Doué et à son roman Le Soleil d’Apamée, pour vous plonger dans la Rome antique à l’époque de l’Empereur Galien, ou encore à Stéphane Radenac dont  La Lumière de Thôt vous entraîne sur les bords du Nil à l’époque d’Aménophis II.

   Et si tous ces titres ne suffisent pas à assouvir votre soif estivale de lecture, pensez encore au roman de ce jeune pilote belge mort prématurément, Fernand Biver, Tornades, décrivant le périple de jeunes sous officiers pour rejoindre les troupes alliées et se battre dans le ciel d’Angleterre, aux romans montois de Philippe Yannart L‘Epée de l’Empereur ou Pourquoi la Tour de Sainte-Waudru…. Enfin, si les états d’âme d’un professeur de morale ayant Dieu pour patronyme vous intriguent, emportez dans votre valise le récit « psychanalytique » de Roland Vrebos, Le Cas Dieu.

Les romans ci-dessus mentionnés sont parus entre 2015 et 2019. Consultez notre catalogue millésimé ou utilisez l’outil de recherche pour retrouver leurs présentations détaillées et les infos utiles à le commander chez votre libraire habituel.

La Foi et la Cendre

Interview de Jules Boulard

Foi et la Cendre cover PRESS-page 1Il semble que ce nouveau roman soit assez différent des précédents ouvrages que vous avez signés…

   Oui, d’une certaine façon, puisque nous quittons les terres wallonnes pour parcourir la France et nous aventurer dans le Midi. De même, nous quittons l’époque moderne pour explorer des temps lointains, en l’occurrence, le 13e siècle, et que cela donne l’occasion de découvrir quelques aspects des langages de l’époque. Néanmoins je reste fidèle à une option fondamentale : rendre hommage aux gens simples, c’est-à-dire évoquer la vie « au ras du peuple ». Notez également que ma démarche d’auteur m’entraîne dans des expériences d’écriture et littéraires chaque fois différentes.

Oui, nous y reviendrons, mais pouvez-vous nous donner quelques indications sur le sujet du roman – car c’est bien d’un roman qu’il s’agit, n’est-ce pas ?

   Assurément, c’est un roman dans la mesure où bon nombre des personnages sont imaginaires… et en côtoient d’autres bien réels. Mais c’est un roman historique parce que leurs destinées respectives sont liées à des faits, des événements authentiques en des lieux connus, dans une période précise dont l’histoire, mais aussi la légende et même le folklore se sont saisis.

Oui… Mais encore… le sujet ?

   Il s’agit du contexte dramatique et des préalables de ce que l’on a appelé par erreur « La croisade contre les Albigeois » mais qui, à l’époque, fut désignée par l’expression « L’Affaire de la Paix et de la Foi ». Je précise qu’il s’agit de l’expédition militaire lancée, au début du XIIIe siècle, par le pape de l’époque, Innocent III, contre les hérétiques dits « cathares », dont la religion « dissidente » se répandait de plus en plus largement dans le Midi.

C’est une histoire qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et suscité pas mal de thèses et de romans. Ne craignez-vous pas de vous perdre dans cette abondance ?

   Ma démarche est fort différente de ce qui s’est fait jusqu’à présent. Oui, beaucoup d’ouvrages, et même d’excellents, ont été écrits sur ces événements, mais tous met-tent en perspective une vision très « occitane ». Je voudrais, dans ce livre, faire apparaître davantage les motivations et les circonstances qui ont poussé « ceux du nord » à se lancer dans ces expéditions ravageuses. Cette approche m’a donné l’occasion de découvrir de nombreux aspects de la société féodale de ce temps, de m’interroger et de me rendre compte que la vision scolaire qu’on en donne habituellement présente pas mal de la-cunes et même d’erreurs.

Les péripéties militaires, les bûchers, dans toute leur cruauté, sont bien con-nus, fallait-il encore revenir sur ces années terribles ?

   En effet, ce furent des années terribles et souvent d’une cruauté qu’on a peine à imaginer. Je me suis interrogé sur les causes de cette férocité. Je voulais savoir comment et pourquoi des humains en arrivaient à s’entretuer, à allumer des bûchers et y jeter d’autres personnes, femmes et enfants qui ne leur avaient causé aucun mal. Pour ne prendre qu’un exemple : la prise de Béziers s’est faite en un seul jour par la ruée de milliers de truands et de routiers qui précédaient l’armée proprement dite des chevaliers et de leurs hommes d’armes. Ces truands, pourquoi et comment étaient-ils là ? Il y avait bien entendu ceux que la progression des troupes entraînait au passage ; mais il faut aussi tenir compte de tous ceux dont le roi Philippe Auguste avait débarrassé Paris, en leur promettant l’amnistie s’ils partaient en croisade. Cette information m’a tout naturellement amené à parcourir les bas-fonds parisiens de ce temps, et la célèbre « Cour des Miracles ». C’était une populace sans foi ni loi, sans pitié, qui n’a pas hésité à tuer des milliers de personnes dans l’église Sainte-Madeleine et à mettre le feu à la cité. Et cette fureur-là, on peut sans doute l’expliquer en partie par la frustration de n’avoir pu piller Montpellier par où ils étaient passés auparavant…

Quelle est alors, dans ce type de démarche, la part de l’historien et celle du romancier ?

   Je réponds souvent aux amis historiens qui parfois me reprochent d’avoir pris quelques libertés, que s’ils ont, eux, comme charge, de nous faire connaître l’histoire, le romancier, lui, se donne pour mission de la faire aimer. Soit dit en passant, ce sont des ouvrages comme ceux de Hugo et d’autres écrivains romantiques qui ont remis ces études au goût du jour et entraîné le sauvetage et la restauration des monuments que nous pouvons encore admirer aujourd’hui.

   Or, à mon avis, une des meilleures façons d’atteindre cet objectif, c’est de réveiller, ranimer ce passé, en mettant en scène la vie même, le vécu, le quotidien, sous forme de récit, dans nos ouvrages. Un autre exemple. Les barons du nord sont partis vers le midi avec leurs « chevaliers »… Qu’est-ce que cela représente ? Nous ne connaissons guère de la chevalerie que ses aspects idéalisés de la société courtoise, par rapport aux « Dames » à qui s’adressait leur amour platonique. C’est une vision restrictive, peu réaliste, car ces chevaliers étaient pour la plupart de véritables rustres, brutaux à tous points de vue : il faut mettre en scène un tournoi sous tous ses aspects pour s’en rendre compte. Je le fais dans mon livre. Alors, pour répondre plus précisément à la question, je dirai que mes personnages imaginaires, romanesques, sont les liens qui permettent de passer d’un moment à un autre, d’une situation à une autre, en incarnant les différentes catégories sociales de ce temps, en les illustrant par l’exemple.

Vous mettez aussi en scène des étudiants… en plus des chevaliers.

   Oui, des « escholliers ». Là, nous touchons à l’analyse de l’ouvrage. Il y a plusieurs choses à dire à ce propos. Tout d’abord, il y a la réalité : nous sommes au départ de ce qui deviendra l’université de Paris, et aussi à l’époque des écoles collégiales, où enseignent des maîtres qui remettent en cause le dogmatisme de la scolastique. Ensuite cela me permet de faire agir et dialoguer des personnages autres que des rustauds, capables d’analyser, de se poser des questions, de discuter… Et ainsi de faire valoir des points de vue, des jugements sur « l’Affaire » proprement dite et ses commanditaires, et même de développer une réflexion sur les valeurs établies. C’est également le début de la célèbre faculté de médecine de Montpellier – où, soit dit en passant, Rabelais étudiera ! Là se retrouveront les plus doctes de l’époque, venus de tous les coins de la Méditerranée, avec leurs théories et méthodes particulières, parfois en conflit. Mais, chose bien utile pour un auteur, les étudiants ainsi que la masse des goliards, ces clercs défroqués, par définition intellectualisés, peuvent tenir des discours critiques sur les événements.

Cela vous a amené à entreprendre de nombreuses recherches et à réajuster votre opinion en bien des domaines. Y en a-t-il un qui vous ait particulièrement interpellé ?

   Oui, je travaille sur ce sujet depuis près de dix ans. J’ai beaucoup lu et, grâce à internet, j’ai eu accès à des informations autrefois réservées aux chercheurs universitaires. Beaucoup de choses sont à présent à la disposition de chacun. C’est prodigieux, exaltant, même enivrant car d’une trouvaille on rebondit vers une autre à ne se pouvoir arrêter. Des thèses sont publiées, des textes originaux… Ainsi, par exemple, on peut consulter de nombreux rapports de la terrible Inquisition. Il y a des découvertes qui m’ont particulièrement interpellé. Deux d’entre elles me viennent spontanément à la mémoire : l’insécurité générale qui régnait sur le pays à cette époque, pour des causes diverses qui tout en justifiant les châteaux forts et les murailles que l’on retrouvait partout ne manquent pas de pousser à s’interroger sur ce qu’on désigne comme « civilisation courtoise », en vérité très idéalisée, loin de la réalité. L’autre concerne la navigation fluviale et le commerce qu’elle drainait, avec tous les droits, privilèges et contraintes qui s’imposaient de Paris jusqu’aux Bouches du Rhône, j’ai beaucoup aimé les informations sur les flux commerciaux, les pratiques diverses et les types d’embarcations utilisées.

Quelque chose de particulièrement pittoresque ?

   Oui. Comme je l’ai signalé, la Cour des Miracles dans le Paris de Philippe-Auguste. C’est une époque de grands travaux, la grande enceinte, les portes, les ponts… J’ai découvert ce que signifiaient certaines expressions comme « Payer en monnaie de singe » … Et c’est aussi le grand chambardement avec le pavage des rues au moyen de larges dalles appelées « carreaux » … Les chutes, les plus petites, étant réservées aux rues mal famées, la rue Saint-Sauveur, et celle qu’on appellera la « rue des Petits Carreaux », refuges de truands. C’était la « Cour des Miracles » avec ses pratiques invraisemblables … Il y a eu aussi les maladreries, les grands tournois, la construction et l’utilisation des « abilements », ce sont les machines de siège…

Revenons à ce que vous avez dit au début vous parliez d’expériences d’écriture et littéraires chaque fois différentes. Qu’entendez-vous par là ?

   Je suis un auteur plus curieux d’expériences d’écriture diverses qu’à la recherche d’un style particulier, personnel. Même si beaucoup de lecteurs me reconnaissent dans un certain plaisir du beau langage, des descriptions, des évocations, chacun de mes livres explore un genre à partir d’une démarche différente. C’est le cas – pour ne prendre que deux ou trois exemples – dans un roman qui se développe en deux intrigues et techniques de récit parallèles, un autre dans lequel récit et introspection se complètent sous une formulation parfois poétique, j’ai beaucoup appris également et découvert une autre forme de créativité, en passant, dans la narration, du passé au présent. Pour cet ouvrage-ci, je suis les traces de plusieurs personnages entraînés vers la campagne militaire de « l’Affaire ». Venant de milieux différents, ils n’ont pas les mêmes repères, les mêmes projets… et pourtant ils convergent vers les mêmes drames. En outre, dès le départ de cette nouvelle aventure d’écriture, j’ai pris le parti d’un certain pittoresque linguistique car il me semblait inapproprié de raconter des faits du 13e siècle dans un langage classique ou actuel. J’ai donc cherché à retrouver un tour de phrase plus ancien, une langue colorée comme on imagine qu’elle l’était au moyen-âge. Qui plus est, parce qu’à l’époque, la différence entre les parlers d’oïl et d’oc était encore patente, je suis allé glaner dans ces deux parlers lointains un vocabulaire significatif, aujourd’hui oublié, que je me suis plu à glisser dans le récit et dans les dialogues. Tout en veillant à ce que le contexte en permette une compréhension aisée.

Alors, comment souhaitez-vous que les lecteurs abordent votre livre ?

   C’est un roman, certes, mais c’est d’abord un roman « historique » – la chose est précisée sur la couverture. Cela signifie qu’on peut y trouver des réponses à la curiosité éprouvée par certaines personnes lors de voyages dans le Midi, où l’on est très souvent confronté à l’évocation culturelle et folklorique de ces temps lointains, terriblement dramatiques. Le romancier a beau jeu d’imaginer des réponses à des situations, des faits, restés mystérieux. Mais c’est aussi l’occasion d’une réflexion sur des événements d’autant plus troublants qu’ils sont basés sur des attitudes que l’on connaît encore à l’heure actuelle comme les fanatismes, l’intolérance, le délire de puissance, la volonté d’hégémonie, la cruauté… Enfin, pour terminer sur une note plus gaie, c’est aussi un hommage à la langue française, dans sa jeunesse

Les Dames de Pervyse

Rencontre avec Francis Grembert

Elsie, Mairi et Dorothie, Les Dames de Pervyse raconte l’histoire de trois ambulancières pendant la Grande Guerre. La Première Guerre mondiale, et plus particulièrement le versant britannique, semble être un domaine que vous connaissez bien si j’en juge par les traductions que vous avez publiées ?

Dames de Pervyse cover PRESS   La littérature britannique de la Grande Guerre est un domaine que j’explore depuis plusieurs années, dans le but de le faire découvrir au public francophone, car peu de témoignages ont été traduits. C’est dans le cadre de ces recherches que je suis tombé sur l’histoire des « héroïnes de Pervyse » et que j’ai eu envie d’en rédiger le récit. C’est une histoire surprenante qui allie le romanesque aux réalités sanglantes de la guerre. Elle a pour cadre un front un peu oublié de la Grande Guerre, celui de l’Yser, très actif à l’automne 1914 mais qui par la suite sera relégué au second plan par Ypres, la Somme et l’Artois. En cette fin de commémoration du centenaire de la guerre, je trouvais essentiel qu’on évoque les infirmières et ambulancières britanniques qui sont venues par milliers soigner les blessés en France et en Belgique, une réalité historique souvent négligée. La plupart d’entre elles ont travaillé dans les grands hôpitaux de la côte, entre La Panne et Etaples. Ce n’est pas le cas d’Elsie, Mairi et Dorothie, qui ont transporté et soigné des blessés à proximité immédiate de la zone des combats.

Elles étaient plutôt du genre « baroudeuses », avec un caractère bien trempé ?

   En effet, ces femmes ne manquaient pas de courage. Le groupe ambulancier dans lequel elles étaient intégrées, dirigé par le docteur Munro, jouissait d’une certaine indépendance et autorisait les initiatives individuelles. Dès l’automne 1914, elles ont eu l’idée d’un poste de soins qui serait installé à proximité des tranchées. On a essayé bien sûr de les en dissuader. Ce poste était par ailleurs illégal, les femmes n’étant pas admises dans la zone des combats. Mais elles ont su s’imposer et ont investi une cave dans le village en ruines de Pervyse à portée de canon. L’affaire était improbable. Elle a pourtant tenu plus de trois ans !

   La région de la Flandre maritime dans laquelle se situe leur action sanitaire crée un climat particulier, de par les données géographiques et l’atmosphère qui s’en dégage.

1469562947   Cette région de terres basses m’a toujours attiré. Le Plat Pays, les polders, le vent sur la plaine, toute cette imagerie puissante crée une sensation unique. Et l’histoire d’Elsie, Mairi et Dorothie en est imprégnée. D’autant plus qu’à l’époque, la région a été volontairement inondée. Pour stopper l’avance allemande, l’armée belge a décidé d’ouvrir les vannes à Nieuport en octobre 1914. Le village de Pervyse est au cœur de cette submersion. Il faut imaginer des ruines de maisons et tout autour une immense étendue d’eau. Cet environnement donne une sensation d’irréel. D’un point de vue militaire, l’inondation a sérieusement ralenti les combats. Le secteur de l’Yser est un des plus calmes du front. On y meurt cependant comme sur les autres fronts et les conditions de vie dans les tranchées sont tout aussi inhumaines.

Les ambulancières repartent régulièrement en Grande-Bretagne. Quand elles ont passé quelque temps dans leur poste de soins à Pervyse, elles peuvent repartir au pays pour se ressourcer. Peut-on dire qu’elles jouissent d’un certain privilège par rapport aux autres infirmières et ambulancières britanniques présentes en Belgique et en France ?

Si elles repartent régulièrement en Grande-Bretagne, ce n’est certes pas pour se reposer, loin de là, mais pour récolter les fonds nécessaires à la pérennisation de leur poste de soins. Si la Croix-Rouge alloue une certaine somme au docteur Munro, cet argent est loin de suffire. Il faut des ambulances, du carburant, de la nourriture pour les soldats, des couvertures, tout un tas de choses qui nécessite un apport financier régulier. Les ambulancières ont donc pour mission de solliciter la générosité de la population britannique en répondant à des interviews et en participant à des galas, ce genre de choses. C’est une nécessité. Ce faisant, leur ego s’en trouve flatté. Il ne leur déplaît pas de devenir des célébrités.

Et de côtoyer le gratin des autorités militaires ?

   C’est le paradoxe de leur histoire. Elles peuvent passer la journée à soigner des plaies dans des conditions d’hygiène très réduites et le soir dîner avec des capitaines et des colonels autour d’une bouteille de champagne dans une villa de La Panne. Et pourquoi pas ? Le secteur de l’Yser favorise la présence de personnalités en tous genres, des hommes politiques britanniques, mais aussi des journalistes et des écrivains. Ils traversent régulièrement la Manche pour venir sur cette bande de terre belge restée libre. La Grande-Bretagne est officiellement entrée en guerre pour défendre l’honneur des petites nations. Même si la cause invoquée tient en partie lieu de propagande, l’attachement britannique à la Belgique reste très fort. La cave de Pervyse est un des symboles du lien entre les deux nations et il est dès lors logique que les ambulancières deviennent l’objet de toutes les attentions. Elles se prêtent au jeu des mondanités, mais ceci ne les a jamais empêchées de remplir leur mission.

L’une d’entre elles épousera un aristocrate belge ?

   Elsie se marie en janvier 1916 avec le baron de T’Serclaes, un jeune aviateur. La cérémonie a lieu à La Panne avec parmi les convives le roi et la reine de Belgique, des généraux, des ambassadeurs. On est en plein romance de guerre avec tous les clichés que cela entraîne. Sauf que les choses ne se passeront pas tout à fait comme prévu. Elsie a caché à son mari qu’elle était divorcée et avait un enfant. Quand il l’apprendra, il coupera les ponts avec sa jeune épouse. Elsie continuera à user de son titre nobiliaire. En 1964, elle publiera d’ailleurs son autobiographie sous le nom de baronne de T’Serclaes.

C’est dans cette autobiographie qui vous avez puisé les informations pour écrire votre récit ?

   En partie. Un autre livre, basé sur les journaux d’Elsie et de Mairi, est paru pendant la guerre. Les lettres de Dorothie ont également été éditées. D’autres membres de l’équipe ambulancières ont également laissé des mémoires. Une historienne britannique, Diane Atkinson, s’est penchée sur le parcours des ambulancières et a réalisé une étude très documentée. Les sources ne manquent donc pas. Mais elles se contredisent parfois. Selon qu’elle est racontée par tel ou tel protagoniste, l’histoire varie. Elsie, Mairi et Dorothie ont toutes trois reçu des distinctions, l’Ordre de Léopold, la Médaille Militaire britannique, entre autres, ce qui a donné lieu à des controverses qui ont laissé des traces. L’aventure du corps Munro est émaillée de luttes d’ego et de rivalités qui ne font pas toujours honneur aux ambulancières.

Votre conclusion est centrée sur Jean Cocteau. On associe peu cet auteur à la Grande Guerre et sa présence sur la côte belge n’est pas un fait très connu. En quoi la vision très onirique de la guerre qu’il propose dans son roman Thomas l’imposteur se rattache-t-elle à l’histoire des Dames de Pervyse ?

   Il a rencontré Dorothie Feilding et s’est inspiré d’elle pour un des personnages de Thomas l’imposteur. Ce que nous dit Cocteau de la guerre dans son roman, tout comme dans ses poèmes de l’époque, va à l’encontre de la littérature de témoignage habituelle. Pas de description de combats, ni de camaraderie de tranchée, ni de discours pacifiste revendiqué. C’est une guerre absurde et décalée qu’il nous propose. L’histoire des Dames de Pervyse est également un curieux mélange de courage et de désinvolture, d’abnégation et de recherche de gloire. Les ambiguïtés y sont nombreuses. Ces jeunes femmes ont cependant su forger leur légende tout en restant fidèles à leurs principes humanitaires.